J'en dirai un peu plus dans quelques temps...
Il y a des journées qu’on devrait pouvoir jeter à la poubelle comme un mouchoir en papier. Pourtant, ce matin-là, tout commence le plus normalement du monde. Le miroir de la salle de bain me renvoie l’image d’une fille d’une dizaine d’années, les cheveux en bataille.
Je porte ma tenue préférée: jean-basket, car j’adore jouer au foot, faire du roller, du vélo, du skate et grimper aux arbres, ce qui fait dire à mes parents que je suis un garçon manqué. Comme si les filles et les garçons ne pouvaient pas pratiquer les mêmes sports!
J’adore aussi faire toutes sortes de choses interdites, comme marcher sur les pelouses des jardins publics ou mâcher des chewing-gums en classe. Selon moi, leur saveur est bien supérieure à celle d’un chewing-gum mastiqué à la maison.
C’est d’ailleurs au moment où je mâchouillais négligemment un chewing-gum banane-cola que la foudre m’est tombée dessus pour la première fois de la journée. Je peux vous assurer que lorsque M. Aragon, notre maître, utilise son « crie-qui-tue », c’est comme si vous étiez foudroyés sur place!
Il était une fois une petite sorcière qui s’appelait Bellaninou. Elle était belle comme le jour, ce qui était la chose la plus affreuse qui puisse arriver à une sorcière. Ses parents, qui l’aimaient tendrement, semblaient être les seuls à ne pas avoir remarqué son abominable beauté.
Le jour de sa naissance, toute sa famille s’était réunie autour de la petite sorcière.
Bellaninou dormait dans un lit d’os. Elle était bordée dans un drap en toile d’araignée, et sa tête reposait sur un oreiller d’ailes de chauve-souris.
Elle portait à ses pieds d’affreux petits chaussons en peau de lézard bouillie.
- A l'abordage! Lancez les grappins! Et pas de quartier!
Campée sur le pont du vaisseau pirate de son père, Mélina la Terrible, un sabre en bois à la main, clame ses ordres à son équipage.
Le drapeau à tête de mort claque fièrement en haut du mât. Soudain, Mélina la Terrible entend un ricanement derrière son dos. Elle n’a pas besoin de se retourner pour comprendre qu’il s’agit de son frère.
-Tu joues à quoi ? demande Rico, l’air narquois.
Mélina soupire et jette à regret un dernier regard au pont désert, où elle jouait aux pirates. Son frère ne manque jamais de lui rappeler qu’elle est une fille et que les filles ne deviennent pas pirate, même si leur père est l'un des plus féroces que les océans aient porté.
Chaque fois qu’il revient d’expédition, les bras chargés de cadeaux, il offre les sabres et les poignards à Rico, tandis que Mélina doit se contenter de poupées en chiffon.
Pourtant, Mélina aussi rêve d’abordage et de pillage, d’île au trésor et de coffres remplis de lingots d’or.Je m’appelle Cornichon. Prince Cornichon. Evidemment, ça ne sonne pas aussi bien que Hugues de la Cornouaille ou Gonzague de Méraldicurtis. Quand j’étais petit, déjà, les autres princes se moquaient de mon nom si différent des autres, et chantonnaient :
- Cornichon-pâlichon, cornichon-maigrichon !
Mais ça m’est égal. C’est mon nom et je le trouve plutôt mignon. Mon problème, c’est que ça ne m’amuse pas du tout d’être un prince charmant.
Porter en permanence une couronne sur la tête comme si j’avais gagné un concours de beauté, et supporter les gloussements des princesses quand il faut leur déclamer des poésies idiotes, quelle horreur !
Et puis toutes les princesses que je connais ne rêvent que d’une chose: épouser un prince ! A ce petit jeu, elles sont archi-fortes. J’ai perdu mes copains un à un, piégés dans leurs filets.
Une princesse, ça n’est vraiment pas très intéressant. Ca pleurniche à tout bout de champ et c’est tellement maladroit que ça ne sait même pas tenir un mouchoir sans le laisser tomber.
Mes p'tits jeux